Projet de diplôme

Marion Adrian

dnsep art | 2012-2013

Mon travail s'articule entre vidéo et peinture. Il a débuté avec une photographie trouvée dans un tiroir. Un bouquet de dahlias rouge et jaune, dans un vase bleu, sur la table basse du salon en 1985. Ma mère avait sans doute ramené ces fleurs du jardin, comme elle l'a toujours fait. Ce jour là, quelqu'un aura jugé le sujet suffisamment intéressant pour choisir de l'immortaliser.

Ma première idée a été de peindre cette photographie à l'identique. Quand j'ai eu fini, il m'a semblé qu'une seule peinture ne pouvait pas suffire. J'ai donc acheté des fleurs, j'en ai également cueilli à l'occasion de promenades et j'avoue en avoir volé souvent aux parterres de la mairie. Je disposais les fleurs dans un vase, sur ma table basse et je les prenais en photo, calquant l'angle de mon regard à celui du photographe de 85. Et chaque fois, je peignais les images de ces bouquets. J'ai fais comme ça, une série de dix peintures.

Il m'a fallu du temps pour que j'arrête de peindre des photographies et que je me mette à peindre réellement des fleurs. C'est aussi à ce moment-là que les choses se sont compliquées pour moi. La lumière à travers les pétales et dans l'eau du vase, les teintes du matin et celles de l'après-midi, les feuilles qui n'en finissaient pas de se plier. Autant de détails, parmi lesquels la photographie m'avait évité de choisir. J'avais en tête des tableaux formidables, mais je n'ai pas réussi à en faire un seul qui m'ait plu vraiment.

La vidéo m'a offert alors plus de souplesse. J'ai filmé la maison de ma mère, avec ses consoles en bois sombres, les portraits des aïeuls et ceux de femmes inconnues achetés dans les brocantes, les tasses, les vases, les tapis et les bibelots. J'ouvrais en grand et je faisais de longs plans fixes en rasant les murs du salon. Je trouvais l'atmosphère romantique et désuète. L'espace était saturé de motifs floraux, une nature inerte et domestique avec en fond sonore, les cloches de l'église et les oiseaux. Chaque plan est parcouru par la présence indicielle d'une femme, qui évolue hors du champ de la caméra. Une femme sans âge, qui réunit à la fois celle qui ramène les dahlias de son jardin et celle qui l'imite et les peint. Cette présence est incarnée à la toute fin de ma vidéo, par son dos et sa chevelure que l'on entre-aperçoit au travers de la porte.

Avec la vidéo je disposais du temps. Il devenait élastique. Je pouvais choisir de raccourcir de quelques secondes une scène ratée, pour n'en prendre que les passages que je jugeais intéressants. Comme s'il avait été possible de revenir quelques heures en arrière, pour retrouver le tableau derrière les couches de matière en trop. J'ai pu saisir les ambiances lumineuses qui m'avaient échappées jusque-là. Elle m'a apporté des réponses formelles en peinture de la même manière que la peinture a orienté mon regard au tout au long du tournage. Avec la vidéo je pouvais donner à voir, alors que la peinture ne m'avait permis que de m'exercer à regarder encore et encore, sans réussir à retranscrire l'expérience vécue. Ce constat n'est pas celui d'un échec, mais plutôt l'expression de l'envie sincère que j'ai de peindre.
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux
Projet de Marion Adrian, ©S. BinouxProjet de Marion Adrian, ©S. Binoux